Le mot de l’éditeur au recueil de poèmes d’Olivier Peraldi, Ombres & couleurs, où le voyage du corbeau d’Arcimboldo au Mont Fuji
"Une œuvre d'adoption douce dans la pérégrination d'un écrivain en poursuite de la vérité des êtres et du monde (...)", Nicole Gdalia, éditrice.
Par Nicole GDALIA, éditrice

Que le peintre milanais Arcimboldo devenu illustrissime par son originalité baroque ait été l’artiste officiel du roi de Bohème en sa cour de Prague, cela est attesté. Qu’il ait peint un oiseau pour le carnaval à la demande du monarque, cela relève de l’imagination du poète.
Pour Olivier Peraldi le prétexte est là pour trouver un point d’ancrage historique et esthétique à sa dramaturgie de la création artistique. Car enfin, c’est des travaux et des jours, des affres de la création artistique qu’il est question. Et aussi, de l’œuvre en soi, qui toujours échappe à son créateur…
Le peintre œuvre jour et nuit sur l’oiseau exceptionnel qu’il veut offrir au roi à l’occasion du carnaval. mais voilà que la créature sortie de l’imagination du peintre, mécontente du résultat et avide de liberté, s’échappe de la toile. Quelle souffrance pour le corbeau noir d’être devenu cet oiseau bariolé de couleurs. Surtout d’être recouvert d’oripeaux qui ne sont pas lui !
Et de s’enfuir, d’aller, de traverser l’espace et le temps, car plus de deux siècles vont s’écouler lorsqu’il arrivera sur l’archipel des majestueuses grues blanches et des sommets enneigés du Mont Fuji, à la recherche du maître Hokusai. Et de dire en haïkus son histoire malheureuse, son périple et ses saisons, sa quête de dépouillement, de l’essentialité limpide que les pinceaux du maître de l’épure pourront peut-être lui donner…
Drame de la quête du si dans la simplicité essentielle, ainsi tous les poèmes d’Olivier Peraldi, parti dans le lointain Japon shintoïste rechercher le noyau de l’être.
Fable de la création esthétique, de ses options baroques ou épurées, l’écrivain jette l’ancre dans la spiritualité du « peu » fort de densité, de la litote… Sa parole prend la métrique et la forme du haïku traduit dans sa langue native par Megumi Kobayashi, accompagné des peintures épurées de Sayo Senoo. Un accord à trois cordes…
Une œuvre d’adoption douce dans la pérégrination d’un écrivain en poursuite de la vérité des êtres et du monde.
Œuvres concernées
