Préface de La ballade de William Claxton
"Dix poèmes, comme autant de haltes habitées, d’images brumeuses, de confidences clamées. En contrepoint, les photographies de Baptiste Hamousin, dix ballades entre ombres mineures et lumières majeures, touchent au plus juste. Le voyage devient intérieur (...), extrait de la préface au recueil de poésie d'Olivier Peraldi, La ballade de William Claxton, par le journaliste Alex Dutilh.

La ballade de William Claxton
Entre jazz et poésie, un siècle d’affinités, de connivences, de conversations, d’échanges, de flirts et de danses nuptiales. Dès les roaring twenties, la Harlem Renaissance jetait des ponts entre les arts. Claude McKay et Langston Hughes allaient poursuivre longtemps leur relation avec le jazz. En 1958, Leonard Feather et Charles Mingus conjuguèrent leurs efforts pour accompagner la voix et les poèmes de ce même Langston Hughes dans le poignant « The Weary Blues ».
Autre rencontre au sommet avec le jazz, celle des poètes de la Beat Generation, aussi bien à New York qu’à San Francisco. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs et Brion Gysin notamment, allaient plus tard inspirer Steve Lacy comme John Zorn, Jay Jay Johnson, Al Cohn ou Zoot Sims. Et que dire des vocalistes ou instrumentistes qui sont allés puiser du côté d’Emily Dickinson, Arthur Rimbaud, Walt Whitman, Antonin Artaud… ou Leonard Cohen.
Mais lorsque Olivier Peraldi s’inspire d’une rencontre artistique majeure entre un photographe et un musicologue, qui donna lieu à un des livres les plus émouvants autour du jazz, c’est totalement singulier. Quand William Claxton publie ce « Jazz Life », en 1960, avec le texte de Joachim E. Berendt, le sous-titre de la couverture est limpide : « Un voyage pour le jazz à travers l’Amérique en 1960 ». Une errance entre grands espaces et villes enfumées, peuplée de visages devenus les fantômes d’un authentique panthéon. Olivier Peraldi s’en inspire pour dix poèmes, comme autant de haltes habitées, d’images brumeuses, de confidences clamées. En contrepoint, les photographies de Baptiste Hamousin, dix ballades entre ombres mineures et lumières majeures, touchent au plus juste. Le voyage devient intérieur.
Et quelle évidence quand la voix d’Olivier Peraldi gambade sur les musiques imaginées par Sébastien Paindestre, Pierre-Olivier Govin, Matthieu Bloch et Anne-Emmanuelle Davy. Les mots prennent une autre dimension, dansent, ondulent, swinguent. Une sensation aiguë d’urgence, de nécessité qui déborde. Le geste est radicalement jazz. Libre parce que free, frais parce que cool. À cœur ouvert.
Alex Dutilh
Journaliste
(https://www.radiofrance.fr/personnes/alex-dutilh)

Œuvres concernées
