Olivier Peraldi

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Préface · poésie · préface · 1 janvier 2024

Préface du recueil de poèmes d’Olivier Peraldi, Deux poèmes face à un massacre

L’œuvre d’Olivier Peraldi est un médicament, un élixir, une bouffée d’oxygène. Plonger dans ses poèmes, se laisser porter, emporter, voguer au loin, vers l’horizon, au gré de ses phrases, c’est terrasser la peur, triompher de la haine, chasser nos mauvaises pensées et redonner sens à l’existence (...), extrait de la préface signée Renaud Dély, journaliste.

Renaud DELY

Journaliste, animateur de l’émission 28 Minutes sur Arte, et éditorialiste sur France Info

13 novembre 2025

Renaître

Il est des drames indicibles. Des tragédies qui nous laissent sans voix. Et sans mots. Des évènements qui transpercent le cœur et vident littéralement l’esprit. L’analyse froide et raisonnée ne peut les saisir dans leur entièreté, les soupeser, leur donner sens. Ils sont insaisissables au commun des mortels.

Quand la violence déferle, la sagesse se dissipe. En nos temps troublés, les massacres se suivent, sans logique apparente.

Il y a dix ans de cela, le fanatisme a ensanglanté notre pays, meurtri notre société au plus profond de son âme, et dissipé à jamais notre insouciance collective. Le terrorisme islamiste a tué à Paris, comme un peu partout dans le monde, et notre innocence s’est définitivement évanouie un soir de novembre.

Une salle de spectacles, un de ces endroits magiques où les corps font la fête, s’est transformée en tombeau où les cadavres s’entassent. Des terrasses de café, l’un de ces lieux où les corps s’enlacent, se sont faites linceul. Déjà, quelques mois, plus tôt, une salle de rédaction, l’un de ces temples laïques où règne la liberté absolue de conscience, était devenue cimetière.

Paris est une fête, disait Hemingway ; en quelques rafales, la ville-Lumière s’est faite cité des ténèbres.

L’impensable avait surgi. L’incompréhensible même pour les démocrates que nous sommes. L’horreur nous avait plongé dans la nuit. La mort s’avançait, inexorable. Les communautés s’observaient. La République tremblait sur ses bases. La société française menaçait de se disloquer. La barbarie semblait sur le point de triompher. Tout était noir. Tout était perdu. Ou presque.

L’enjeu était d’abord politique et les gouvernants s’en emparèrent. Il était aussi civique et le pays fit corps. On parla de résistance morale, de sursaut républicain, tout cela fut utile, indispensable même, mais insuffisant.

Lorsque l’émotion nous submerge, quand les passions tristes nous engloutissent, face à l’horreur, à la haine, aux massacres, seule la poésie peut encore nous sauver. Celle d’Olivier Peraldi est un cri, un cri de survie pour dépasser la mort. Un souffle d’espoir. Une lueur dans la nuit. Quand l’obscurantisme étend son voile sombre, ses mots rallument les Lumières. Ils apaisent, élèvent, emportent. Ils se glissent furtivement entre les ombres menaçantes pour nous éclairer et nous ouvrir le chemin de l’avenir. Et esquisser la voie d’une résurrection possible.

Au lendemain de la grande boucherie de 14, Paul Valéry nous avait enseigné que nous autres civilisations, nous sommes mortelles. Dix ans après les massacres de masse de 2015, Olivier Peraldi nous apprend que l’humanité est, encore et toujours, renaissance.

Son texte est universel, il enjambe les continents, traverse les océans, lie les destins contraires, rapproche les hommes. Ses mots puisent leur sève dans les dessins de Frédéric Joulain, se faufilent entre ses ombres, éclairent son trait.

Les deux artistes, le conteur et le peintre, le poète et le dessinateur, se répondent, se tiennent par la main et mêlent leurs talents pour rallumer l’espoir et réveiller notre foi en l’humanité.

L’un peint avec ses mots, l’autre écrit avec ses dessins. Leurs points de vue s’additionnent et leurs regards s’entrelacent pour offrir une nouvelle chance à la vie.

Pourquoi Sisyphe pousse-t-il toujours inlassablement son rocher ? Pourquoi nous relevons-nous quand tout nous inciterait à rester couché ? Pourquoi les mots de la poésie, cette fragile thérapie, pansent-il si bien les maux de la vie ? Où trouvons-nous la force de toujours surmonter les deuils et les épreuves ?

L’œuvre d’Olivier Peraldi nous y aide, c’est un médicament, un élixir, une bouffée d’oxygène. Plonger dans ses poèmes, se laisser porter, emporter, voguer au loin, vers l’horizon, au gré de ses phrases, c’est terrasser la peur, triompher de la haine, chasser nos mauvaises pensées et redonner sens à l’existence.

Bref, tout simplement, renaître, et vivre encore.

Retrouvez Deux poèmes face à un massacre sur le site de l’éditeur : https://editionsorizons.fr/livre/deux-poemes-face-a-un-massacre/

Renaud Dely, journaliste