Olivier Peraldi

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Préface · poésie · 1 janvier 2024

Préface du recueil de poésies d’Olivier Peraldi, Claquant dans le vent

"Il a fallu que j’accepte de me perdre dans les couloirs de mots qui m’enlaçaient dès la première lecture. Mais sans étreinte, sans étouffement, simplement une perte de repères que je devais laisser derrière moi pour mieux rentrer une seconde fois dans la matière et ne faire qu’en éprouver l’essence (...)", extrait de la préface du comédien Pascal Milard.

Par Pascal MILARD, comédien

J’ai bien vu le manège de l’auteur, il m’invite à écrire la préface de son recueil de poèmes, pour donner mon regard d’acteur et de metteur en scène, comme il s’amuse à le faire toujours : mélanger les regards artistiques entre eux. Et d’un musicien qui apporte sa touche sonore à ce texte, et d’un peintre qui transpose ses couleurs sur des mots. On aura tout vu, tout entendu. À force de croiser les regards, on va finir par loucher dans toutes les directions. Bien, il m’a eu et je me retrouve pris dans ce délicieux piège d’introduire un recueil qui, au premier regard justement, semble partir dans toutes les directions. C’est bien là où vous pouvez vous fier au titre. Que fait le vent si ce n’est de choisir inlassablement le sens qui lui sied le mieux.

Au gré de son cheminement, il se confronte à des réalités brutes qui jalonnent notre histoire et il place une narration éclatée, comme si vous deviez ramasser les éclats d’un miroir brisé pour tenter d’en recoller les morceaux. Le résultat de ce puzzle virevoltant n’engage que vous mais alors où est l’angle du narrateur, si narrateur il y a ? Vous avez plusieurs clés pour rentrer dans ces textes poétiques. J’utilise volontairement cette expression « textes poétiques » car aucune forme ne ressemble à l’autre. Vous trouverez des bulletins comme une forme d’interruption de l’émission pour vous ramener dans l’actualité ou dans un temps de pause réflexive. Vous aurez les regards disjoints du vécu et de l’allégorie. Vous approcherez le claquement du réel, la brise d’un lointain éthéré, le blizzard d’un ressenti cinglant. Ces sensations sont les voies que j’ai empruntées pour élaborer la mise en scène que je me suis faite dans ma tête après la deuxième lecture de ce recueil. Il a fallu que j’accepte de me perdre dans les couloirs de mots qui m’enlaçaient dès la première lecture. Mais sans étreinte, sans étouffement, simplement une perte de repères que je devais laisser derrière moi pour mieux rentrer une seconde fois dans la matière et ne faire qu’en éprouver l’essence.

Et là, j’y étais. À l’endroit où le vent prend sa source. Et j’avais le film dans ma tête. L’absence, l’oubli, la solitude partagée et même la solitude de masse, tous ces thèmes prenaient corps dans un ensemble dont je tirais ma propre cohérence. J’y ai vu une ascension pareille à des lambeaux d’un drapeau arraché à son mât, pris dans les bourrasques infernales du temps, pour se retrouver captif aux cimes des montagnes. Accroché tout là-haut se trouve l’homme dans sa plus pure solitude. C’est elle qui le ramène aux choses essentielles de sa vie. Qui lui donne une écriture. Qui lui offre un vaste regard sur le monde et sur son passé. Qui le ramène à sa finitude camusienne. 

C’est le regard et les pensées hallucinatoires de cet alpiniste perdu en haut des montagnes que j’ai choisi comme point de départ de mon puzzle. Voici ma principale clé. Et comme il n’y a pas vraiment de portes dans ces allées venteuses, bien libre à vous de choisir vos propres accès. Vous pourrez peut-être vous lier d’affection avec ces ombres dont les souvenirs s’estompent quand vient l’aurore. Vous demandez où finira le fils du vent et vous rappelez les nuits blanches solitaires, au milieu d’une fête, ce que l’on en tire, ce qu’il en reste. Peut-être la sensation d’une densité oppressante dans le déploiement de nos solitudes.

De mon côté, je finis toujours par me retrouver avec ma caméra collée sur le visage gelé de cet homme accroché au-dessus du vide glacial. Il lutte contre l’oubli, ses mots sont ses derniers points de raccord avec la vie. Le froid et le désespoir le propulsent dans des réinterprétations hallucinatoires et parfois clairvoyantes de ce qu’il a été et de ce qu’il sera toujours. L’homme est là au milieu des éléments, tenu par un tissu claquant dans le vent. La survie de cet alpiniste, c’est le prolongement de vie des mots. Et comme une litanie, on y revient. Moi, j’y retourne.

Visionner et écouter le poème Au-delà des dunes, extrait du recueil Claquant dans le vent, dit par le comédien Pascal Milard : https://youtu.be/-fNpJ29WJqs?si=oW_dT7gK1puLiwm9

Voir, écouter la musique, commander le CD et/ou le livre sur les plateformes d’écoute en ligne pour la musique (Spotify, Deezer, iTunes, etc.) et sur Bandcamp : https://lanjeune.bandcamp.com/album/claquant-dans-le-vent

Voir le reportage réalisé lors de la soirée de présentation de Claquant dans le vent, à la galerie Nast à Paris : https://youtu.be/EjlY4lrovEs?si=DHvLJEim2jBSZ70Z

Olivier Peraldi & filbö – session créative en studio