Olivier Peraldi

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Postface · roman · 1 janvier 2024

Postface du roman d’Olivier Peraldi, Les Cinq nuits d’insomnie

"Les Cinq Nuits d'insomnie composent, sous le régime d'une modulation permanente, un roman auquel on revient : il porte en lui une veine nourricière - être, imaginer, dire, écrire. L'irréel et le réel se confondent et, au bout du bout, ils nous essentialisent. Peraldi ressemble physiquement à ses créations."

Par Daniel COHEN, éditeur

Août 2023

Olivier Peraldi, un narrateur et un sondeur sobre

La première fois que je fis la connaissance d’Arcimboldo, ce fut loin de Paris et de l’Europe, à Colomb-Béchar, capitale de la région saharienne, dans une Algérie alors française. J’étais un enfant. Je ne sais pas si c’était dans un livre, et j’en doute, puisqu’il n’y en avait quasiment pas chez mes parents.

Je crois, sans en être certain, que l’une des merveilleuses compositions du peintre ornait une boîte de chocolat, richement illustrée en ce temps – dix ou douze ans après la fin de la guerre, la reprise de l’économie incitait au débordement de couleurs et à la profusion de thèmes picturaux curieux et attractifs…

On trouvait alors, dans l’épicerie de mon oncle, des coffrets somptueux. Telles images portrayant notre humanité au moyen de tels fruits et légumes, de telles feuilles de vignes et de tels grains d’orge m’avaient ahuri.

Il y eut l’exil, les souffrances qu’il inflige, mes aventures, personnelles et intellectuelles. Peu de temps avant que je ne devinsse éditeur, il y a quarante-trois ans, jeune-homme qui achevait sa vingtaine, j’acquis quelques ouvrages fastueux. Celui consacré à Arcimboldo m’émut – ce n’était pas la première fois que j’avais feuilleté des albums qui l’avaient célébré, mais je m’intéressais, alors et presque exclusivement, à l’histoire de la peinture moderne et contemporaine.

Le nom des auteurs, André Pieyre de Mandiargues & Yasha David (ce dernier était Tchèque de naissance), mais plus singulièrement Mandiargues, m’encouragea à acquérir le magnifique opus, tout à fait dans l’esprit de son intitulé, Arcimboldo le Merveilleux, texte en blanc détaché sur un fond noir radieux.

De la biographie d’Arcimboldo, je pourrais retenir l’essentiel et l’accessoire et composer un texte d’accompagnement à celui d’Olivier Peraldi. Faisant un éloge de circonstance, je manquerais mon but. Nous ne trouvons pas dans son récit ce que j’avais cru obtenir lorsque, évoquant le texte qu’il écrivait, son auteur s’était contenté de me signaler : « un roman dont le personnage est Arcimboldo dans le Prague de son temps. » Il est frai: Prague a compté infiniment dans mon imaginaire d’enfant et d’adolescent. Du reste, sans sa magie et son mystère je doute qu’il y aurait eu en moi et l’écrivain et l’éditeur, (accessoirement). Voyez, pour ceux qui s’y intéresseraient : Le Trésor familier des rythmes et Prague de leur fenêtre parus cher Orizons. Je suis un éditeur qui aime à fréquenter ses auteurs et il me plaît d’être publié tout près d’eux.

Ce qui m’a intéressé dans les textes qu’Olivier Peraldi m’a confiés ne ressortit pas strictement à leur fonction narrative – Le Prochain Testament, en 2020, Encore en chemin, en 2021, ou Les Cinq Nuits d’insomnie, en 2022. La présence discrète du philosophe qu’il est m’a séduit.

Dans ses trois livres, il s’efface et laisse à la fonction poétique, présente en toute écriture, de fabriquer un fond : un dialogue entre deux entités – un auteur et son lecteur. Nous savons que le premier lecteur d’un écrivain est l’auteur parvenu à se transcender – ainsi irradie-t-il tel tête-à-tête et telle double identité : le créateur et son témoin abstrait.

Les dessins de Modely Thibaud confortent, et sur la couverture et à l’intérieur, dans cette édition particulière, l’intention d’Olivier Peraldi – par ce qu’il dégage de spirituel, de mystique et d’allégorique.

Les Cinq Nuits d’insomnie composent, sous le régime d’une modulation permanente, un roman auquel on revient : il porte en lui une veine nourricière – être, imaginer, dire, écrire. L’irréel et le réel se confondent et, au bout du bout, ils nous essentialisent. Peraldi ressemble physiquement à ses créations.

Retrouver Les cinq nuits d’insomnie sur le site de l’éditeur : https://editionsorizons.fr/livre/les-cinq-nuits-dinsomnie/

Daniel Cohen, éditeur et écrivain